Le charisme de l’Assomption en Afrique de l’Ouest

« Hommes de foi, hommes de communion, et solidaires des pauvres ; cette trilogie invite chacun de nous à progresser comme disciple du Christ, comme frère vivant en communauté et comme apôtre au service du Royaume» (§66 Actes du Chapitre Général 2011). Partant de ce passage des actes du chapitre provincial, nous voulons relire ces dimensions de la mission assomptionniste en Afrique de l’Ouest. Ici, l’Assomption est toujours en chantier, mais déjà au regard du programme de formation des jeunes, on peut regarder vers l’avenir ; en avril, les novices étaient en stage apostolique dans une association de prise en charge des personnes vivant avec le VIH ; ils ont suivi les pas de certains de leurs aînés qui y étaient pareillement l’année passée. La dimension « solidaire des pauvres » de notre charisme est donc déjà sur les rails ! Le pèreRené MIHIGO Délégué du provincial de France en Afrique de l’Ouest répond à certaines de nos interrogations au sujet de ce charisme. En communauté, le père René est le premier responsable de la formation des postulants ; il assure aussi de nombreux accompagnements personnels, anime des sessions et des retraites un peu partout au Togo où il est en mission depuis 2006. Il assume par ailleurs la direction du Centre Culturel Saint Augustin et c’est en partant de là que nous voulons interroger la mission assomptionniste en Afrique de l’Ouest.

 

Père René MIHIGO

–          Père René MIHIGO, le Centre Culturel, à Sokodé, est-il un lieu où se vivent les orientations fondamentales de la congrégation des Augustins de l’Assomption en Afrique de l’Ouest ?

–          Tout le monde peut le voir aujourd’hui à travers le programme du Centre Culturel ; notre ambition est que ce centre révèle vraiment l’identité assomptionniste, et puisse répondre aux besoins de la population, de la jeunesse, qui attend beaucoup de nous ! Nous y proposons notre foi à travers les conférences que nous offrons à toutes sortes de personnes à Sokodé : musulmans, catholiques, protestants. Dans un esprit de communion et d’unité, on se retrouve tous autour d’une même table pour discuter de la foi ou des problèmes de société ; voilà déjà un aspect de notre charisme mis en œuvre : l’intelligence de la foi. Par ailleurs, du fait que les élèves puissent disposer de tout (livres, journaux, revues, tableaux, bancs, internet, électricité) sans rien payer, révèle aussi en partie notre solidarité envers les pauvres. Aujourd’hui, le Centre Culturel est le lieu où nous sommes le plus visibles ; mais pour le moment, nous faisons ce que nous pouvons, avec le peu de ressources dont nous disposons ; je crois donc que c’est une œuvre à promouvoir, à soutenir, à développer, afin qu’elle puisse vraiment faire rayonner notre charisme.

 

–          D’après les actes officiels du chapitre provincial de France, « la Bonne Nouvelle nous rend particulièrement attentifs à la présence de Dieu à travers les pauvres et les petits… » (§61) Quelles sont les priorités de la congrégation, en matière de solidarité envers les pauvres, ici à Sokodé ?

–          C’est une question bien difficile pour nous ! Ici à Sokodé, même si nous sommes dans un milieu  pauvre, nous n’avons pas encore une politique bien définie, bien que nous en éprouvions le besoin ! Au Centre Culturel, à la radio, à la paroisse, en communauté, nous sommes beaucoup sollicités par des démunis, et il y en a vraiment pour qui il faut faire quelque chose ! Pour le moment, nous essayons de relever le défi à notre manière, en étant proches des gens, ce qui nous permet de communier à toutes les formes de misère. Nous n’avons pas encore une œuvre spécifique pour soutenir les pauvres, mais nous sommes dans l’attente d’une politique commune à élaborer pour unifier une façon de penser et d’agir, pour que notre action soit vraiment visible, notre solidarité efficace. Le soutien de certains élèves qui nous approchent témoigne aussi de notre souci d’être solidaire des pauvres et des petits.

 

–          Dans le trombinoscope du Chapitre général 2005, vous disiez que votre passe-temps c’était, entre autres, l’accompagnement, la rencontre gratuite avec des amis. Pour vous c’est un passe-temps mais, c’est aussi un énorme soutien pour ceux que vous accompagnez et soutenez moralement. Voulez-vous nous parler un peu de ce charisme ?

–          Je ne sais pas si c’est un charisme, mais je sais que depuis que je suis diacre, il y a plus de vingt ans, j’ai toujours été sensible à l’écoute et à l’accompagnement ; je suis convaincu que ce charisme comme vous le dites, me nourrit, me fait vivre et m’épanouit ; c’est pour moi une véritable détente spirituelle, même si c’est un service que je rends à mes frères et sœurs. Les gens se sentent soulagés quand ils sont écoutés et j’aimerais que beaucoup de jeunes religieux s’initient à cet apostolat, parce que notre ministère passe par la proximité, l’écoute de l’homme que l’on veut relever, des pauvres que l’on veut soutenir, que ce soit moralement, spirituellement ou matériellement.

 

–          Revenons-en au Centre Culturel Saint Augustin ; quelles difficultés rencontrez-vous malgré les différents investissements ?

–          Depuis que nous sommes là, nous n’avons pas tellement investi ; nous n’avons réaménagé que la salle, nous avons apporté des livres, et nous venons d’ouvrir un cyber qui n’est pas encore rentable. Mais il faut dire qu’il y a tant de défis : il nous faut aménager la grande salle de conférences pour qu’elle soit mieux accueillante, disposer de plus de structures pour l’accueil des élèves, renouveler les ordinateurs pour une meilleure connexion internet, disposer d’un groupe électrogène pour parer aux problèmes de délestage… en un mot, mieux soutenir nos œuvres et nos programmes ! Il serait même souhaitable de construire un nouveau bâtiment, un centre culturel digne de ce nom ! C’est ce défi que je lance à l’assomption ! Sans financement rien ne peut se faire ; le grand manque et l’unique problème de ce joyau que nous avons entre les mains, c’est le soutien financier ! Je me bats comme un diable dans un bénitier, et jusqu’à présent je sens que je m’épuise plus qu’il n’en faut !

–          Actuellement, de nombreux jeunes sont en contact avec vous pour connaitre les Assomptionnistes. Qu’est-ce qui, chez les Assomptionnistes, attire la plupart des jeunes de l’Afrique de l’Ouest ?

–          Les jeunes qui nous approchent ont été attirés par notre charisme présenté à travers nos œuvres ; je sens en eux un désir de se donner à Dieu dans le style qui est le nôtre.

 

–          Pour vous, quel est l’avenir de l’Assomption en Afrique de l’Ouest ; quelles sont vos attentes et quels conseils donnez-vous aux jeunes que vous êtes en train d’encadrer ?

–          Je suis d’abord convaincu que la présence de l’Assomption en Afrique de l’Ouest est une volonté de Dieu et c’est ce qui anime mon dynamisme ; si le Seigneur nous a appelés, c’est qu’il a une mission et tout est entre ses mains ! L’implantation est effective au Burkina comme au Togo, et je crois qu’il y a énormément d’attentes ; mais il me semble que nous avons peur de nous engager un peu plus pour le moment ; et le problème du missionnaire noir est un problème réel, parce que nos Églises d’Afrique font appel à des congrégations missionnaires, en espérant que ces congrégations peuvent contribuer au développement du diocèse, tant au niveau spirituel, humain que matériel ! Si la congrégation a choisi de s’installer ici, elle doit assumer les conséquences de ce choix ; réfléchir aux œuvres, au charisme ; rassurer les jeunes qui nous approchent aujourd’hui ou qui sont en formation. Ce sont de réelles préoccupations que je porte et que je partage avec les responsables de la Province qui nous ont délégués dans cette mission depuis six ans ; il est temps de faire quelque chose, d’installer une œuvre qui reflète notre charisme et notre dynamisme dans l’Église.

–         Avez-vous un dernier mot ?

–         Il faut surtout faire confiance au Seigneur et à l’Assomption ! Nous sommes une congrégation qui a traversé des épreuves au cours des siècles, mais la mission est florissante. Nous faisons un effort pour être au service de l’Église d’ici, je souhaite que l’Assomption s’incarne vraiment dans cette Église famille de l’Afrique de l’Ouest et que le Seigneur la bénisse ! Personnellement, je suis tenté de croire que ma mission s’achève à Sokodé et reste disponible pour un nouveau service, en Afrique de l’Ouest ou ailleurs.

                                                   Propos recueillis par Bernard BAMOGO, novice a.a

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