Entretien avec le Père André Antoni, assomptionniste, directeur général de Bayard Presse

 

 

Au cours du mois de juin 2012, entre le 22 et le 27, le Père André Antoni a séjourné dans la communauté assomptionniste de Ouagadougou. Religieux assomptionniste de nationalité française, il est actuellement directeur de Bayard-Presse. Le frère Lucas a eu un entretien avec lui. Nous vous laissons suivre plutôt leur entretien.

 

Le Père André Antoni (en jaune)

 

 

Lucas : Qui êtes-vous ?

 

André Antoni : Avant tout, un religieux qui fait partie depuis 30 ans de la famille de l’Assomption. C’est là que ma vocation a grandi à 9 ans, à « l’alumnat », sorte de petit séminaire tenu par les Assomptionnistes et, durant mes années de lycée, je l’ai mûrie en vivant en foyer dans une communauté à Strasbourg, dans l’est de la France. J’ai fait le noviciat alors que j’avais 20 ans, en 1980, quand la Congrégation fêtait le 100e anniversaire de la mort du Père d’Alzon, notre fondateur. Un moment historique donc !

Je parle de mon engagement car si je n’avais pas été religieux, je n’occuperais pas les fonctions actuelles, à savoir, membre de la direction générale d’un groupe de presse et d’édition qui a lancé il y a plus de 130 ans, Le Pèlerin, un hebdomadaire chrétien familial, et le quotidien La Croix. Bayard est une œuvre de Congrégation mais aussi une entreprise qui compte près de 2 000 salariés. L’Assomption a toujours veillé à ce que certains religieux y travaillent en tant que salariés et que l’un d’entre eux fasse partie du directoire.

Cela m’oblige à beaucoup d’humilité car, même si je suis un fils de petit commerçant, je suis loin d’avoir toutes les compétences requises pour ce poste de direction alors que j’ai commencé comme simple journaliste, secrétaire de rédaction. Heureusement, après six années comme Provincial de France, je peux compter sur une petite expérience de direction, et surtout, aujourd’hui, grâce à trois laïcs largement compétents, nous formons une véritable équipe où la complémentarité devient une richesse humaine.

 

 

L : Vos impressions sur notre communauté en fondation ?

 

A.A : C’est tout d’abord une grande émotion de voir l’Assomption masculine renaître en Afrique de l’Ouest. Au cours de mes premières années de vie religieuse, j’ai eu la chance d’enseigner durant deux ans la philosophie en Côte d’Ivoire et nous avions encore une paroisse près d’Abidjan qu’il a fallu quitter quelques années plus tard. La fondation au Togo a été décidée il y a près de 10 ans alors que j’étais encore Provincial de France et je me réjouis tout particulièrement d’en voir les fruits aujourd’hui. A l’époque, en accueillant le P. Jean-Paul Sagadou, seul Africain de l’Ouest alors que l’Assomption se développait largement au Congo, il fallait avoir foi en l’avenir !

La fondation à Ouagadougou est une pousse prometteuse. Je me réjouis tout particulièrement qu’elle ait commencé dans une maison appartenant aux religieuses de l’Assomption, dans un quartier populaire. Je suis touché également que mon arrivée corresponde au moment où le P. Pierre-Emmanuel Rospide, ancien Provincial de France et un ancien directeur général de Bayard Presse, vient raccompagner en France le Frère Antoine Miss qui a été missionnaire toute sa vie à Madagascar puis ici, en Afrique de l’Ouest.

Enfin, je vois aussi une promesse d’avenir dans le fait que Bayard ait choisi Ouagadougou comme lieu d’implantation pour un développement en lien avec celui de la communauté assomptionniste. L’implication du Père Jean-Paul dans l’association « Programme Planète » et son propre engagement pour la communication sont, pour moi, le garant que des jeunes assomptionnistes prendront un jour le relais pour assurer l’avenir de Bayard en Afrique.

 

 

L : Pouvez-vous parler de votre mission ici ?

 

A.A : A Ouagadougou, je voulais d’abord rencontrer l’équipe de rédaction des revues Planète Enfants et Planète Jeunes et découvrir les locaux de Bayard Afrique. Je tenais ensuite à rencontrer l’archevêque de Ouagadougou, Mgr Philippe Ouedraogo, pour lui faire part du désir de Bayard de se développer également dans le domaine du religieux, avec la liturgie et la presse diocésaine.

Cette étape devait ensuite être suivie par celle à Abidjan pour une rencontre avec l’abbé Augustin Obrou, qui est chargé de la communication pour l’archidiocèse et qui est rédacteur en chef de « Compagnon de Prière ». L’idée est de créer un partenariat avec « Prions en Eglise » et d’en voir les modalités avec l’archevêque d’Abidjan, Mgr Jean-Pierre Kutwa.

 

 

L : En tant que directeur de Bayard, dites-nous un peu ce que c’est ?

 

A.A : Comme je le disais, c’est d’abord faire partie d’une équipe puisque nous sommes quatre au directoire, un religieux et trois laïcs. C’est un bel exemple de collaboration où chacun assume sa responsabilité en collégialité. Pour cela nous nous réunissons deux après-midi par semaine pour prendre toutes les décisions qui nous reviennent.

En tant que directeurs généraux, nous sommes chargés de diriger l’entreprise de sorte d’en assurer sa bonne gestion et son développement. Cela se passe au moment de la construction budgétaire et, tout au long de l’année, en suivant les trajectoires qui nous permettent de voir si le budget peut être tenu. En cette période de crise économique et de crise de la presse, nous vivons une véritable mutation de nos métiers et des usages de nos lecteurs. Pour cela, il nous faut adapter la maison à l’arrivée du numérique. Malheureusement pour nous, l’internet est né dans l’univers de la gratuité mais, en réalité, tout cela a un coût. Et il faut trouver l’équation économique. Par ailleurs, demain, nous n’aurons seulement des rédactions affectées à des titres de presse, mais des pôles de création qui vont gérer des contenus éditoriaux diffusés à la fois sur le papier et par le numérique (web, mobile, etc.), vendus en produits physiques et immatériels. Le défi est énorme car cela suppose des changements dans l’exercice des métiers éditoriaux et commerciaux.

Le directoire est aussi chargé de porter les finalités de Bayard. Nous venons d’écrire un nouveau projet d’entreprise qui exprime nos convictions en fidélité avec le charisme de l’Assomption, notre désir de rester en lien avec nos lecteurs et notre souci de créer des nouveaux produits capables de répondre aux attentes de nos contemporains. Pour Bayard, on pourrait la résumer par la parole de l’évangile : « Allez au large ».

En ce qui me concerne plus personnellement, outre le souci des finalités qui s’exprime aussi par les chartes éditoriales des titres, j’assure aussi le lien entre Bayard avec l’Assomption qui représente l’actionnaire. Enfin, j’ai le souci du développement de la maison et j’accompagne les dossiers qui préparent l’avenir. Ma grande préoccupation est que soient prises aujourd’hui les décisions qui détermineront l’avenir pour les 10 à 20 années à venir. Il faut pour cela être un « guetteur », comme doit l’être tout religieux dans le discernement des signes des temps.

 

 

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1 réponse à Entretien avec le Père André Antoni, assomptionniste, directeur général de Bayard Presse

  1. Boullenger Cécile dit :

    Merci pour ce partage avec lequel, en tant que Soeur de Saint-Paul de Fribourg, je me sens bien sur une longueur d’onde semblable. En communion pour l’Adveniat, selon votre Fondateur. Le nôtre parlait de l’OIX (Omnia instaurare in Christo)
    Meilleures salutations. Sr Cécile Boullenger

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