La philosophie à la maison Lavigerie

M. Pierre BOUDA

M. Bouda fait partie du corps des éminents enseignants de Philosophie à la Maison Lavigerie. C’est avec joie qu’il a accepté de répondre aux questions du frère Georges, afin de partager ce qu’il vit avec les étudiants, et les encourager à pousser leur amour de cette discipline.

Georges : M. pouvez-vous vous présenter brièvement pour nos lecteurs ?

M. Bouda : Je m’appelle Pierre Benoît BOUDA, j’enseigne la philosophie, notamment la logique, l’épistémologie, l’histoire des sciences, la théorie de l’argumentation, et tout ce qui s’apparente à ces disciplines.

Georges : Quel est votre parcours ?

M. Bouda : J’ai d’abord fait l’Université de Ouagadougou ; ensuite, j’ai poursuivi mes études de philosophie à l’Université René Descartes de Strasbourg, jusqu’en 1986 où j’ai obtenu la maîtrise. Puis j’ai poursuivi un double cursus : en histoire des sciences à l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales, et en logique à Paris I.

Georges : Qu’est-ce qui vous a attiré vers la philosophie, une science que beaucoup voient comme aride et difficile ?

M. Bouda : En fait, comme c’est souvent le cas, c’est le hasard des orientations qui m’a conduit à la philosophie ; mais c’est moi qui ai décidé, en connaissance de cause, de m’intéresse à la réflexion sur la science : j’étais frappé comme tout le monde par le poids de la science sur le destin de notre monde.

Georges : Quels sont vos domaines de recherche ?

M. Bouda : D’abord l’histoire de la logique et des mathématiques, notamment l’Angleterre du XIXe siècle ; ensuite, la théorie de l’argumentation comme outil de production d’un consensus socio-politique et d’intégration citoyenne.

Georges : Que doit être le rôle de la philosophie dans la formation d’un futur religieux ou prêtre ?

M. Bouda : Je crois que la philosophie est importante pour une formation humaine. Comme l’écrit RUSSEL, « celui qui n’a aucune teinture de philosophie traverse l’existence ». La philosophie nous force à nous interroger sur les valeurs sur lesquelles nous pouvons régler notre existence. Or, ce problème est capital je crois pour un religieux qui veut en proposer aux hommes. Contrairement aux sciences de la nature, ou même des sciences humaines, la philosophie est souci pour l’homme, je dirais même passion pour l’homme. Et je crois que la religion nous enseigne ce souci et cette passion. En ce qui concerne plus précisément le religieux chrétien, l’intérêt de la philosophie me semble aller de soi. La culture chrétienne s’est construite dans un dialogue avec la tradition philosophique grecque. Par conséquent, le religieux qui veut comprendre vraiment sa foi jusque dans ses racines ne peut pas faire l’économie de la réflexion critique de type philosophique. Dans l’ensemble, je dirais que si quelqu’un veut vivre une foi lucide et solide, il faut qu’il accepte la confrontation avec la diversité des représentations du monde dans un esprit critique, et c’est là le cœur de cible de la philosophie.

Georges : Est-ce que les séminaristes accordent-ils une importance à cette matière ?

M. Bouda : Je l’espère !

Georges : Presque tous les étudiants, partout où vous intervenez, reconnaissent que vous êtes exigeant, rigoureux. Est-ce par souci d’une formation bien faîte ? Qu’en dites-vous ?

M. Bouda : Non ; j’ai le sentiment de faire ce que je dois faire. Il est entendu que la formation ne doit pas être de la quinine ; mais, puisqu’il s’agit de la formation à la vie, il faut sentir le côté âpre de la vie. Comme le dit WITTGENSTEIN, l’éducation ne doit pas consister “to have a good time“. Je crois que c’est mon côté traditionaliste : la science et la technique ont tendance à nous pousser vers la facilité, à nous amener à penser que les choses sont faciles. Je crois que ce n’est pas le cas

Georges : Qu’est-ce qui vous donne plaisir à lire une copie ? Et qu’est-ce qui, à l’inverse vous agace dans une copie ?

M. Bouda : En paraphrasant Pascal, je dirais que le plaisir nous vient quand on lit une copie dans laquelle on sent un homme. Quand il y a une réflexion suivie, même si elle est d’un niveau modeste, quand il y a de la rigueur et de l’originalité, on ressent un certain contentement. A l’inverse, je suis personnellement irrité quand je lis des propos décousus, l’auteur se livrant à l’évidence, à la reproduction, à la reproduction non distancié de documents quelconques. Surtout, quand lisant quelqu’un d’autre, je me retrouve lisant mes propres phrases, j’ai la faiblesse d’être agacé.

Georges : Un conseil à donner aux étudiants en philosophie ?

M. Bouda : De lire beaucoup, et de lire vraiment. Hegel a raison de dire qu’on n’apprend à penser qu’auprès des grands penseurs. C’est quand on a acquis une culture suffisante, que l’on peut creuser son propre sillon.

Georges : En tant laïc, vous participez à la formation des religieux et des futurs prêtres. Quelles sont vos impressions ?

M. Bouda : Que je sois laïc ne me semble pas avoir une importance significative. J’interviens dans un domaine limité pour lequel je suis, en principe, qualifié. J’essaie de ne pas penser que je m’adresse à des étudiants qui se destinent à la vie religieuse ; je ne saurais pas gérer cette spécificité.

Georges : Votre mot de fin…

M. Bouda : Je veux formuler mes encouragements à votre maison. C’est une grande affaire que de s’occuper de la diffusion des idées, et il est bon de bien se former pour cette tâche. Que le Seigneur soutienne vos efforts, et qu’il vous donne de connaître la satisfaction de la tâche bien accomplie.

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5 réponses à La philosophie à la maison Lavigerie

  1. HIEN BATA WELMA JOEL dit :

    je suis très fier de Monsieur Bouda,il m’enseigne et j’ai des difficulté pour avoir de bonnes notes dans sa matière mais il nous guide bien dans notre formation.les étudiants ne l’aime pas tellement parce qu’ils sont seulement à la recherche des points et non une connaissance.J’admire beaucoup monsieur bouda avec sa manière de nous enseigner.

  2. Diarra dit :

    Bouda refuse d’évoluer il croit que de la manière dont il a peiné quand il était encore étudiant, il veut aussi que nous soyons comme lui. il est rétrograde. Comment un homme peut-il donner 1 sur 20 à près de 100 étudiants! ce n’est pas raisonnable.

  3. Bouda soit loué!
    J’ai beaucoup souffert dans sa discipline mais finalement j’ai trouvé que la source n’était pas si loin: la cohérence et la rigueur.

  4. Ouédraogo W.Théodore dit :

    Je m’appelle Théodore Ouédraogo.Aujourd’hui ,je suis professeur de Svt et je rends grâce à Dieu.M.Bouda a été mon professeur de philosophie en 2003 quand je faisais la terminale au lycée Yiguia.Je reconnais en lui un homme modeste,pétri de savoirs et d’une grande rigueur dans la formation qu’il veut faire aux élèves et étudiants ,des hommes de demain.Et comme le dit Malebranche « Dieu calcule,le monde se fait »un raisonnement méthodique,cohérent et rigoureux se pose comme propédeutique à toute connaissance.

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