L’engagement chrétien dans les alliances humaines, enseignement de Dieudonné KOYENGA

IMG_2054Le dimanche 16 juin, se tenait à Ouagadougou, la deuxième journée d’amitié avec des laïcs, une initiative de la communauté assomptionniste. Dans ce cadre, le thème « Alliance » qui dynamisait l’esprit de cette journée a été développé par le Père Jean-Paul SAGADOU, a.a puis par un laïc du nom de Dieudonné KOYENGA. Monsieur KOYENGA est inspecteur des Services pénitentiaires du Ministère de la Justice, mais son programme chargé ne l’a pas empêché de nous partager ses convictions au sujet des alliances humaines. Nous vous en proposons l’intégralité, tout en remerciant M. KOYENGA pour le service brillamment rendu.

M. Dieudonné KOYENGA

M. Dieudonné KOYENGA

Il y a des thèmes, notions ou expressions qui sont courantes dans notre vie quotidienne. On en parle tous les jours, mais lorsqu’on vous demande de construire une forme de réflexion sur eux, l’on se rend compte que ce n’est pas toujours aussi évident.  Le terme alliance est fait partie, et il comporte des extensions et des implications énormes.

Dans les diverses définitions qui sont données a ce terme, on peut retenir quelques-uns.  Elles renvoient généralement à des réalités précises, quelles soient sociologiques, anthropologiques, politiques ou religieuse. Quelques exemples :

  • Union, accord intervenant entre des pays, des personnes : Traité d’alliance, Engagement mutuel entre puissances, entre groupements de personnes ;
  • pacte entre Dieu et les hommes : Ancienne alliance (les Hébreux et Yahvé). Nouvelle alliance (les Chrétiens et Dieu).
  • Bague de métal précieux portée à l’annulaire gauche par les personnes mariées.
  • Lien qui unit un époux à son conjoint et aux parents de son conjoint : Engagement mutuel entre époux.
  • Accord entre partis politiques dans un but électoral (candidat unique, désistement réciproque) ou gouvernemental (coalition).

En substance, à travers toutes les définitions, une idée se dégage, une constante, qui est celle d’union, de rapprochement, d’association, rencontre, de mise en commun. L’idée d’une relation (organisée, institutionnalisée) entre deux ou plusieurs réalités (ou entités) différentes. Notons que cette relation a priori n’est qualifiée ni de bonne, ni de mauvaise. Elle peut avoir mille motivations différentes et prendre des formes multiples. A partir de notre compréhension de terme alliance, nous voulons nous pencher sur une forme d’alliance particulière (le couple) et ce que cette notion peut impliquer dans nos engagements en tant que chrétiens.

  1. 1.      Les formes d’alliance dans la vie sociopolitique :

En rappel, l’alliance telle qu’elle est vécue dans la communauté humaine, est de plusieurs natures dont :

–          Politique/géopolitique/géostratégique : le système partisan, militaire, coopération, etc.

–          Economie : sociétés, organisations interétatiques,

–          Culture : groupes et ensemble artistiques,

–          Social : la famille, le couple.

Faisons une halte autour de cette dernière forme d’alliance. Le couple est la forme la plus simple et la plus pure de toute alliance qui implique au moins deux individus. Il résulte de l’union entre un homme et une femme, dans l’Esprit de la loi burkinabè (Code des personnes et de la famille) et est la famille est la cellule de base de la société. Cette conception résulte de l’héritage de nos traditions et n’est pas en désaccord avec la vision de l’Eglise. Pour cette dernière, l’alliance scellée à travers un couple naissant, apparaît comme la forme la plus simple et la plus pure des alliances. Elle est dénuée de toute contrainte et engage à priori deux individus. C’est le minimum nécessaire pour qu’une alliance voie le jour. C’est du couple que naît la famille, et les familles qui forment la société humaine.

La famille est justement considérée, par nous catholiques, comme « la plus petite communauté humaine de base » qui naît à partir de l’alliance entre un homme et une femme qui se donnent mutuellement. Cette alliance première est appelée a se consolider  consolidée par les enfants qui en sont issus. La paternité et la maternité sont indispensables et indissociables dans la famille.

Cette conception fondamentale de la famille est, de nos jours, fortement mise en péril, notamment dans plusieurs Etats géopolitiquement, militairement et économiquement très puissants. Il est vrai que par rapport aux choix géopolitiques, il y est souvent question de rapports de force entre les Etats, et ceux faibles n’ont parfois pas le choix dans leurs options ou prises de position. L’alignement de nos Etats dits  pauvres et très endettés ressemble parfois a ‘’signature contre nourriture’’. Mais dans le principe,  la signature des accords, traités et conventions internationales doivent se faire dans la souveraineté de chaque Etat signataire. Le principe qui caractérise essentiellement toute alliance, c’est la faculté de choisir, de décider.

Cette possibilité de décider pour soi-même et pour sa famille, chaque homme doit savoir en faire usage, car tous les jours de notre existence, d’infinies sollicitations d’alliance nous sont adressées. La qualité de nos alliances dans la société est déterminante pour nos personnes, nos progénitures, notre société et notre monde.  Ceci est vrai pour tout être humain et, nous chrétiens, devons nous distinguer par l’exemplarité de nos choix d’alliances.

  1. 2.      Le choix des alliances et la vie chrétienne.

Je me répète : Alliance implique choix, c’est-a-dire la possibilité, la force, la volonté ou le courage de dire oui ou non. Le choix est ce qui relève de notre pouvoir. Le chrétien doit décider pour soi et pour tous ceux qui relèvent de sa responsabilité, ce qui lui parait bon, juste, beau et vrai. Nous devons choisir à la lumière de notre foi.

Jean-Paul écrivait dans sa Lettre aux familles, qu’une famille « vivant selon les normes morales » est particulièrement importante « pour que l’homme qui nait en elle et qui s’y forme prenne sans hésitation la route du bien, qui est d’ailleurs toujours inscrite dan son cœur ».

Nous chrétiens, nous vivons en familles et nous ne sommes pas à l’abri du péril familial dans le monde occidental. Ce monde est un village planétaire. Le transport, la contagion des mœurs se fait presqu’instantanément, avec l’aide des medias et des moyens de communication. Déjà on peut observer :

–          L’éducation de nos enfants aujourd’hui est fortement soumise à rude épreuve, car les sources d’informations viennent de toutes parts et les cadres d’éducation classiques que sont la  famille et l’école n’ont constituent qu’une partie.

–          L’extrême libéralisation des valeurs morales conduit progressivement au rejet de toute censure extérieure à l’être humain (à l’exception de la règle de droit positif). Cela est fortement ressenti dans certains pays développés, et la tendance se perçoit progressivement dans nos pays du sud.

Face à tant d’influences face à des choix multiples savoir faire les bons choix n’est pas aussi évident. Une trop grande accoutumance entraine une permissivité progressive et ce qui nous paraissait inacceptable devient tolérable avec le temps. C’est le mécanisme qui conduit à l’inversion des valeurs. Nous connaissons tous de mauvaises alliances (par exemple les mauvaises fréquentations) à des degrés divers de gravité. Notre civilisation contemporaine est passée maitresse dans l’inversion des valeurs.

Je soutiendrai fermement que la plus grande erreur, pour nous chrétiens, serait la résignation. La résistance commence au niveau individuel et trouve force au niveau collectif. C’est pourquoi il est nécessaire que nous nous mettions ensemble pour nous soutenir mutuellement dans notre vie de foi. Isolés, nous sommes bien faibles face à la vague déferlante des mauvaises alliances véhiculées. C’est pourquoi, les familles chrétiennes, si elles veulent défendre ce qu’elles ont de plus cher, si elles veulent se prémunir contre la dégradation des mœurs, ont intérêt à s’organiser partout ou elles le peuvent. En cela, il ya des exemples un peu partout.

Ici au Burkina Faso, il ya des organisations de couples ou de familles que nous connaissons plus ou moins. Mais il ya encore la nécessité de multiplier les cadres de vie et d’échange entre familles catholiques. Les Assomptionnistes qui nous donnent l’occasion d’une nouvelle approche, à l’exemple des laïcs assomptionnistes de France, qui regroupe « des hommes et des femmes qui (…) ont choisi de s’unir à la mission et à la spiritualité des religieux Augustins de l’Assomption ». Ces laïcs entendent, comme ils le disent eux-mêmes, être présents partout où « Dieu est menacé dans l’homme, et l’homme comme image de Dieu ».

Comme eux, une occasion est aussi donnée d’expérimenter et surtout de vivre une forme d’association, fondée sur notre foi et sur les valeurs familiales défendues et promues par l’Eglise catholique. Une possibilité nous est offerte. A nous de saisir l’opportunité. Nos frères religieux assomptionnistes nous ont suggéré une voie, nous pouvons aujourd’hui l’emprunter.

Pour conclure, nous avons vu que l’Alliance dans nos réalités humaines est bien complexe et ses formes d’expression dans le vécu des hommes à l’époque contemporaine sont des plus controversées. Plusieurs défis se posent aux chrétiens qui sont, derrière notre Mère Eglise, fortement engagées à défendre et à vivre des valeurs dignes de celles des enfants de Dieu. Mais nous sommes également conscients de nos faiblesses individuelles face à un monde très influencé par les défenseurs des valeurs contraires à notre foi. C’est la mise en commun de nos forces (par la vie en communauté) que nous pouvons avoir plus de force de résister. Luttons ensemble à la lumière de notre foi et sous la direction du Saint-Esprit, pour garder en nous et en nos familles, des valeurs de vie dignes des enfants de Dieu.

Partager sur :
Ce contenu a été publié dans La vie des communautés. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *