Questions à mon frère Emile

Peux-tu me parler un peu de toi ?

Quand on a une vie peu colorée comme la mienne, on a toujours du mal à en parler par crainte de se répéter. Mais qu’importe ? J’ai vu le jour et j’ai grandi à  Lomé (Togo) dans la région maritime, les pieds dans l’Océan Atlantique comme j’aime le préciser. J’ai toujours été entouré de personnes diverses et différentes faute d’une  famille stable et unie, je n’en ai jamais connu vraiment.

Un événement majeur qui a marqué ta vie ?

Des tas d’évènements se sont succédés au long de mes jours. Celui que je retiens le plus en ce moment est mon entrée au noviciat assomptionniste en 2011-2012.  Oui, ce fut un évènement, mieux, l’évènement. Il a duré douze mois. Ma profession religieuse ce 1er septembre 2012 n’en fut que le couronnement.

Quel visage du Christ voudrais-tu incarner dans ta vie ?

au milieu des gens

au milieu des gens

Vous savez, rien ne m’a jamais autant fasciné que Jésus sur les sentiers de la Palestine. Il marche, il avance, il rencontre tout le monde. Pour moi, c’est cela mon idéal … « être avec et pour les gens ». Jésus seul à l’écart, c’est important, c’est une belle image surtout dans mon genre de vie mais cela ne me séduit pas vraiment. La vie monastique m’a toujours effrayé.

La disponibilité dans la vie religieuse, c’est important pour toi ?

Je dirai plus que ça. En fait dans ma vie si débridée, j’ai que de raisons pour avoir peur de faire le choix de la vie religieuse assomptionniste. Mais quand j’ai compris que c’est bien là à l’Assomption que tout se jouait pour moi, lorsque j’ai compris que Celui que mon cherche y est et me fais signe, tout suite, « laissant tout », j’ai dit oui, me voici. J’ai alors quitté Lomé pour Sokodé, un premier grand voyage pour moi ; j’ai quitté mes parents, les amis et de lieux auxquels j’étais attaché.  La disponibilité, c’est le symbole de ma vie religieuse. Et vous le savez, un symbole, c’est fort… ce n’est pas banal.

Comment te prépares-tu à être « héritier et fondateur » à l’Assomption ?

C’est là une grosse question. Je suis persuadé que c’est à la fois le chemin de toute une vie et de chaque jour. Aujourd’hui, il m’est donné de faire des études et c’est à cela que je m’applique en dépit de mes limites qui sont bien réelles.  Mais au fond, je crois que tout en me préparant, je suis aussi d’ores et déjà « héritier et fondateur » ; pour moi il n’y a pas un temps à venir pour le devenir. Il faut tâcher de l’être au quotidien.  Pour moi, c’est aujourd’hui que cela se joue. Demain est trop incertain et la vie est trop courte me semble- t-il.

Saint Augustin disait qu’il est « plus agréable d’écouter ou de lire que de se jeter dans le combat incertain et coûteux de la parole ». Globalement quel est la place d’Augustin dans ta vie de jeune religieux et que penses –tu de ce propos ?

Avant de répondre à cette question, permettez moi de vous faire un aveu, peut-être que c’est le mobile latent qui engendre cette question. Je suis très passionné par les débats et la parole m’a souvent joué des tours mais je n’y ai jamais pu renoncer.  Quant à ces propos de notre bien aimé patriarche, je prends vraiment du goût à déceler des réponses à ma propre vie dans le parcours pour le moins sinueux de l’évêque d’Hippone. Grâce à Augustin, je suis fier de me définir comme « un chercheur de Dieu ». Bref Augustin est pour moi, une source d’inspiration profonde. Je crois même que j’accepterai volontiers d’en faire le chantier de toute ma vie.

La devise du Togo, ton pays d’origine est « Travail-Liberté-Patrie ». Comment cette devise résonne-t-elle en toi ?

Souvent on me reproche mon désintérêt apparent pour la terre de mes aïeux. Certes je suis souvent déçu et peiné de la manière ludique dont certains politiques véreux conduisent la vie de ce peuple qui mérite beaucoup mieux. Je suis aussi très écœuré par le modèle « trop clérical » de l’Eglise de mon pays. Toutefois, je ne doute en rien que l’avenir sera magnifique et que le Togo sera « l’or de l’humanité ». La devise de mon pays est pour moi davantage, un idéal qui n’est pas inaccessible.

Un dernier mot ?

« Ce que je sais de demain, c’est que la Providence se lèvera avant le soleil. » Cela dit tout, je crois en un lendemain meilleur pour tous. Tout peut changer. La Providence y veille.

Propos recueillis par Jean-Paul

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