La pauvreté et la charité du chrétien

careme 2014 Nous vivons dans un monde  où le matériel a gagné le cœur de l’homme au point que plus personne, ni même Dieu, n’a plus de valeur aux yeux de celui-ci. On calcule toujours et on n’hésite pas à entrer en conflit quand on sent ses intérêts menacés. On voit aujourd’hui un monde où la course au matériel est devenue la règle. Ce qui mène la vie des hommes c’est la recherche de leur gloire propre qui les conduit même, parfois, à la guerre. Pourtant cette parole d’Erasme au XVIème siècle devrait nous interpeler : « si c’est l’appétit de la gloire qui nous entraine à la guerre, ce n’est pas elle que nous saisirons surtout à force de crime et nul ne nuit à son ennemi sans avoir d’abord beaucoup nui aux siens. » (Lettre à Antoine de Bergues, 14 mars 1514). Le bienêtre matériel a rendu ce monde plus séduisant que Dieu. La course aux richesses passagères a perverti le cœur de l’homme et c’est justement parce qu’on met en avant le matériel que la vie devient difficile. Pourtant, si on mettait l’homme au centre de nos intérêts et de nos choix, tout en considérant Dieu, qui donne à tous les hommes la terre en partage, comme notre première richesse, la vie du monde ici-bas serait presqu’un paradis. Qu’il est beau de vivre ensemble et d’être unis ! Quand on regarde des hommes qui vivent ensemble et qui passent ensemble des moments  de joie,  on pourrait bien se demander d’où peuvent leur naître ces divisions, ces querelles, ces tortures. Est-ce pour le simple fait de protéger leurs intérêts ? N’est-ce pas ridicule de penser un intérêt matériel quelconque, supérieur à son frère qui partage sa condition humaine ?

Une solution possible à ces conflits interminables et non fondés serait de vivre la pauvreté. Pas forcément une pauvreté matérielle mais une pauvreté bien comprise car lors même qu’elle est vécue dans l’incompréhension, elle peut se tourner en mal. Pauvreté ne signifie pas misère. On peut posséder de grands biens et être pauvre en ce sens qu’on ne les garde pas pour soi seulement. Mais on les partage pour soulager la misère des autres. À ce moment, on le fait non par intérêt, ni par obligation, ni même parce qu’on cherche à se débarrasser de biens qui nous semblent inutiles mais bien par compassion et par amour. Il s’agit donc de la pauvreté de cœur, la seule qui rend possible l’amour et la vie fraternelle. C’est elle qu’il nous faut car elle exclut l’orgueil et l’égoïsme. La pauvreté, en ce sens, est synonyme de service, de partage. Servir les autres avec humilité et abandon. Nul, en tout cas, ne peut se donner pour excuse de n’avoir rien à mettre au service des autres car quoi qu’il en soit, chacun a reçu de Dieu au moins un talent (même si ce n’est pas dix) qu’il pourrait mettre au service du monde.

Il faut en prendre conscience. Et la sagesse de l’Eglise nous permet chaque année au temps fort du carême de pouvoir le faire. Elle nous propose de prendre un peu plus d’un dixième (40 jours) de l’année pour faire, dans le jeûne, la prière et le partage, une sérieuse introspection et de prendre des résolutions de vie qui nous rapprochent davantage de Dieu et de nos frères. Jeûner c’est partager ce que l’on est et ce que l’on a avec la plus ferme probité ; c’est se priver d’une partie de son indigent pour secourir les autres. Jeûner c’est accorder son attention non seulement  à sa vie et à celle des autres mais aussi à son environnement, à son écosystème car toute vie en dépend. Le jeûne, la charité et même la pauvreté du chrétien devrait pouvoir aller jusqu’à son environnement. Je ne vais pas prendre le risque d’entrer dans un débat théologique car je ne m’y connais pas. Mais je voudrais quand-même rappeler une chose qui me tient à cœur. Le Christ s’est fait pauvre pour nous enrichir ; il est mort d’une mort qui n’était pas la sienne pour que nous vivions d’une vie qui n’est pas la nôtre selon une expression chère à saint Augustin. Cette mort était nôtre et la vie était sienne. Quelle merveille ! Et nous, chrétiens, qu’attendons-nous pour en faire autant ?  Non en nous donnant la mort mais en acceptant de se sacrifier, autant que nous le pouvons, pour sauvegarder la paix dans le monde ; en secourant nos frères qui souffrent près de nous, au lieu de les laisser mourir.  Tant d’hommes et de femmes autour de nous portent la croix de la souffrance, de l’abandon et meurent sans que nous leur portions notre modeste attention. Parfois même nous les clouons en croix, par notre manque d’amour, par notre lenteur… Soyons, là où nous sommes, des « Simon de Sirène » pour porter avec nos frères leurs croix.  Ayons le cœur de  Véronique   pour   braver toutes les difficultés provoquées par la foule de préjugés que nous portons et qui nous empêche d’aller vers l’autre pour essuyer son visage, pour soulager sa misère. C’est à mon avis l’exemple que nous donne  le chemin de la croix et c’est ce à quoi nous invite ce temps fort de l’année liturgique. Même dans nos moments de souffrance, nous pouvons, à l’instar de Jésus qui console les femmes de Jérusalem, consoler et soulager  la souffrance de l’autre. Il ne faut pas grand-chose, un simple regard bienveillant, sincère et compatissant suffit. Nous sommes hommes et notre condition d’hommes fait que nous tombons aussi. Mais notre confiance en celui qui tombe sur le chemin du calvaire pour nous relever, nous permet de nous remettre  debout et de revivre.

Que Dieu lui-même nous rende capables, en ce temps où nous faisons une sincère analyse de conscience, d’accéder à une ferme et profonde conversion intérieure afin d’accueillir et de servir avec joie le christ dans le pauvre qu’il nous propose d’aimer.

Bon temps de carême à tous.

Martin, novice a.a.

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