Pyschologie et pastorale d’accompagnement : une émission à TV Maria

Le samedi 17 Janvier 2015, le père Paulin Kakulé était l’invité du Frère Bernard à l’émission Mission et vie consacrée de la télévision diocésaine de Ougadougou, TV Maria. Le thème du jour portait sur la Psychologie dans la pastorale d’accompagnement. Voici en intégralité le contenu des échanges…

Père Paulin, de par le passé, les études en psychologie ont-elles été un choix personnel ou une proposition de vos supérieurs ?

Bernard et Paulin ( de gauche à droite)

Bernard et Paulin ( de gauche à droite)

Mon premier choix après le cycle d’orientation, l’équivalent du cycle général en France et dans les anciennes colonies Françaises, c’était les Humanités Littéraires, option Latin-Philosophie. Deux ans après, j’ai été amené à faire les Humanités Pédagogiques, option Psychopédagogie. J’ai ainsi pris goût pour la psychologie générale.

J’ai bien dit que j’ai été amené à faire les Humanités Pédagogiques et partant la psychopédagogie. C’est bien avant mon entrée en religion, c’est-à-dire avant d’être religieux. Mon premier choix des Humanités Littéraires était motivé par le sacerdoce. Comme tous les petits séminaristes de mon diocèse d’origine ne faisaient que les Humanités Littéraires, l’option Latin-Philosophie, je pensais que ne pouvait être Prêtre que celui qui aurait fait ce choix. Hélas ! ce n’était pas cela.

C’est quoi la psychologie de façon simple, pour un prêtre ?

La psychologie peut être simplement définie comme l’étude de l’âme humaine dans ses états, ses opérations, ses facultés ou puissances ; bref dans ses manifestations extérieures qu’on appelle comportements.

Pour un prêtre comme pour un éducateur et donc un responsable, c’est une science qui permet de connaître avec précision les processus et les dispositions psychiques nécessaires dans la pastorale, l’éducation et l’accompagnement des personnes.

De fait, pour mieux répondre de Paul comme pasteur, éducateur ou accompagnateur, il Bernard_Tv Mariafaut connaître Paul. Autrement dit, la connaissance psychologique des individus et des peuples dont on a la charge est on ne peut plus nécessaire pour une meilleure compréhension de leurs préoccupations et de leurs aspirations.

Y a-t-il des domaines précis en psychologie que vous approfondissez ou dans lesquels vous vous spécialisez ?

Des domaines de spécialisation en psychologie, il y en a suivant quatre pôles : le normal (avec la psychologie générale, la psychologie différentielle, etc.), le social (avec la psychologie du travail, la psychologie de l’éducation, etc.), le pathologique (avec la psychologie clinique, la psychanalyse, etc.) et le biologique (avec la Neuropsychologie, la Psychopharmacologie, etc.). De tout ceci, je ne suis spécialiste d’aucun domaine. Mais, j’ai aimé la psychologie générale que j’approfondis le mieux en l’enseignant aux séminaristes de la Maison Lavigerie. Dans cette matière, je chéris le plus la psychologie de l’enfant, de l’adolescent et de l’adulte. J’aime bien les auteurs, tels que Jean Piaget, Sigmund Freud, Eric Erickson, qui en ont fait une étude approfondie.

On vous sait aussi philosophe, et vous enseignez la philosophie : qu’aimez-vous dans cette discipline et quelle est votre spécialité ?

La philosophie est mon domaine de formation. J’en ai fait le choix et mes responsables m’ont permis de l’embrasser. Je l’aime pour ce qu’elle est : une science dont la méthode réflexive apprend à bien penser et à bien vivre. Elle creuse le sens critique chez qui l’embrasse vraiment et fait percevoir la vérité comme valeur et son dévoilement comme idéal à suivre de tout l’élan de son esprit.

Aux côtés du philosophe autrichien mais de nationalité anglaise Ludwig Wittgenstein, je m’intéresse à la philosophie du langage et davantage mieux la recherche des voies et moyens d’éviter les collisions langagières, les usages équivoques ou les erreurs logiques qui font sombrer dans les confusions catégorielles et brouillent par le fait même les relations.

Comment passez-vous de l’enseignement en psychologie et en philosophie à la pratique ?

La psychologie s’est certes émancipée comme science autonome dès 1879, l’an de la création du premier laboratoire de psychologie expérimentale par Wilhelm Maximilian Wundt. Mais elle continue d’être aussi considérée comme une branche de la philosophie. De ce point de vue, même s’il ne l’approfondit pas jusque dans ses différents angles d’approche, le philosophe ne peut pas l’ignorer. Tel est mon cas dans la vie courante. Grâce à la psychologie, j’éprouve de la joie à mieux connaître ceux avec qui je vis, à les connaître dans leurs manières d’agir, de réagir, de juger, de raisonner, de penser. Et grâce à la philosophie, j’ai de l’assurance que, dans ce processus de connaissance de l’autre, la connaissance de soi différent de l’autre est de mise.

Peut-on donc dire que la psychologie est un atout pour accompagner des gens en tant que prêtre ?

paulin_tv mariaPrêtre, je le suis pour toutes les couches sociales. Les notions de psychologie de l’enfant, de l’adolescent et de l’adulte me sont particulièrement nécessaires dans ma tâche de pasteur d’âmes. Ensemble avec d’autres sciences humaines et sociales, la psychologie est d’une grande importance pour l’organisation rationnelle d’une pastorale d’ensemble, en fonction des lieux et des personnes qui les habitent. L’histoire et la géographie d’un peuple influencent bel et bien son comportement. La psychologie comme science du comportement et des structures mentales, aide à connaître ce peuple en vue de son mieux être.

Comment interprétez-vous certains comportements ? quelqu’un qui paraît nerveux, peureux, ou timide, le jugez-vous ?

Tout comportement intéresse le psychologue. C’est toujours en vue d’établir un jugement, c’est-à-dire établir un rapport de convenance ou de disconvenance entre un stimulus et un comportement. Le jugement du psychologue n’est pas à prendre pour parole d’évangile où il faut dire amen. Il n’est pas non plus pour cela anodin. Pris au sérieux, il permet à l’intéressé de débloquer ses émotions, ses affects. Le nerveux, le peureux ou le timide, etc. qui se confie à un psychologue en toute confiance peut réajuster son caractère. Un psychologue sérieux, bien qu’il le juge, ne condamne pas son client. C’est pareil pour un prêtre, un pasteur selon le cœur de Dieu. Bien qu’il juge les fidèles qui viennent à lui, il ne les condamne pas. L’effort qu’il fait est de leur permettre leur propre libération.

Et la philosophie, quelle est sa place dans l’accompagnement ?

La philosophie est une sagesse théorique et pratique qui prône l’humilité dans la quête des connaissances et la prudence dans l’exercice de celles-ci. D’où, dans l’exercice de tout art, la philosophie est là comme une lanterne qui éclaire et une flèche qui oriente vers l’idéal se trouvant toujours à l’horizon fuyant. En accompagnement particulièrement, la philosophie permet de se distinguer de l’accompagné dans ses choix et solutions tout en lui proposant moult possibilités.

Quel nombre de personnes un prêtre est-il autorisé à accompagner ?

L’on dit souvent « Qui trop embrasse mal étreint ! » C’est pareil pour les Prêtre en matière d’accompagnement. Le bon sens le limite à un certain nombre tenable. Mais, étant donné que, dans l’exercice de son ministère, le prêtre est le lieutenant de Christ qui dit : « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerez. » (Mt 11 : 28), le Prêtre doit s’organiser pour écouter, accompagner tout le peuple de Dieu.

Quelle est la place de l’écoute dans l’accompagnement ? n’est-ce pas l’exercice le plus difficile ?

Rien n’est simple dans la vie. Tout requière l’engagement et l’abnégation. Il est toujours conseiller à l’accompagnateur qu’il écoute plus qu’il ne parle. Il doit être comme un promontoire sur lequel viennent s’abattre les vagues de la mer. L’essentiel étant que l’accompagné trouve chez qui se défouler. Les quelques prises de parole de l’accompagnateur sont surtout les reprises en vue d’une bonne compréhension des préoccupations et des aspirations de l’accompagné. Trouver à qui parler seulement, c’est thérapeutique.

En tant que prêtre, psychologue, philosophe, théologien… quelle est votre première réaction lorsque vous rencontrez quelqu’un en pleurs, qui vient à vous ?

Pleurer, c’est une attitude qui émeut toute personne au cœur de chair. Certes, en accueillant une personne qui vient à moi tout en pleurs, je serai ému. Mais, j’ai le devoir de me ressaisir aussitôt pour pouvoir aider le concerné. Car, affecté, il est difficile d’écouter, d’accompagner. Une fois en état d’accompagnement, je pourrez alors chercher à comprendre ce qui se passe pour ensuite lui remonter le moral.

Comment peut-on se faire bien accompagner tout en gardant la distance nécessaire avec l’accompagnateur ?

De mon point de vue, la connaissance claire et distincte de l’objectif de l’accompagnement spirituel suffit à déboulonner les tendances de rapprochement propres aux ami(e)s. Une fois cette connaissance est en place, un calendrier clair des jours et heures des rencontres est établi au besoin avec des questions ou thèmes d’échanges préliminaires. L’accompagné et l’accompagnateur ne doivent pas se transformer en ami(e)s. Dans la mesure du possible, ils doivent donc éviter des rendez-vous en dehors de l’accompagnement.

Quel est votre dernier mot ?

La connaissance des facteurs qui entretiennent les liens sociaux et la maîtrise de la psychologie qui en découle, libèrent les préjugés et construisent des relations raisonnées et plus positives. C’est très bien d’aimer les sciences humaines, en l’occurrence la psychologie.

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