C’EST DUR, MAIS TRÈS EFFICACE !

Un cri pour vivre le carême dans un contexte bien difficile par un de nos frères de RDC :

P. Kizito

P. Kizito

Depuis le 8 décembre 2015, le Pape François a ouvert  officiellement l’année jubilaire de la miséricorde de Dieu qui ira jusqu’au 20 novembre 2016. Il nous a invités à reconnaître la bonté et l’amour miséricordieux de Dieu dans notre vie et à essayer cette année de vivre concrètement cette miséricorde entre nous. Que chacun fasse ‘’l’expérience de l’amour de Dieu qui console, pardonne et donne l’espérance’’. Certes, personne n’échappe à la miséricorde de Dieu et ne peut prétendre ne pas en avoir besoin. Aussi, personne ne dira qu’il n’a pas besoin de pardonner ou d’être pardonné si nous devons être sincères.

Alors qu’ici le Saint Père nous invite à goûter cette bonté de Dieu pour pouvoir en être témoins dans la vie de chaque jour, ailleurs, les messages d’alerte ne cessent de nous tomber dessus, pour nous mettre en garde contre un génocide qui s’organise contre un peuple bien précis de la partie Est du Congo. A notre surprise, une complicité de la part du gouvernement s’insinue en ce sens que, au lieu de suivre la question de près, il camoufle ce mal bien planifié en parlant d’un conflit entre deux ethnies. Ceci pour pouvoir se laver les mains et laisser le poids de ce crime au simple peuple, victime des envies égoïstes des grands de ce monde. C’est en compatissant avec mon peuple,  dans ce contexte de peur, d’incertitude et de confusion que j’ai réfléchi sur le temps de Carême que nous commençons dans l’Eglise Catholique Romaine et qui est un temps favorable pour nous tous afin d’oser aimer, pardonner et se réconcilier.

En fait, le Carême nous rappelle brièvement les quarante jours à passer au désert avec le Christ, mais aussi les quarante années de la marche des Hébreux vers la terre promise. Pendant ces années, le peuple d’Israël a vécu des hauts et des bas, il s’est découragé maintes fois, mais il a aussi goûté de façon spéciale la tendresse de Dieu. Comme chrétiens, cette marche veut nous conduire vers Pâque, jour de ‘’joie d’un cœur purifié’’, moment de vivre la communion avec le Christ mort et ressuscité. Ces quarante jours sont donc pour nous un temps pour faire l’expérience d’intimité avec Dieu malgré tout ce que nous pouvons rencontrer comme obstacles.

Sous le stress d’un génocide déjà initié et en progression au Nord-Kivu, comment ce peuple meurtri par des massacres, frustré de voir chaque jour des cadavres de leurs proches égorgés de manière sauvage, épuisé par les cris d’alarme et maintenant déshydraté par des pleurs continuelles  peut-il goûter cette bonté de Dieu ? Comment ce peuple peut-il faire l’expérience du Dieu Amour et essayer de vivre ce même amour envers son agresseur ? Comment ce peuple peut-il comprendre qu’il est aussi invité à aimer et à pardonner pendant qu’il est en train d’être tué innocemment ? De quoi peut-il encore se priver volontairement alors qu’il est déjà obligé de se priver de l’essentiel pour vivre ? Est-il possible pour ce peuple de se soumettre au commandement de l’amour jusqu’à aimer celui qui le tue ?

Il me semble que c’est le moment bien favorable pour ce peule d’ouvrir son cœur pour écouter la voix du Seigneur en vue d’une grâce spéciale qui va couronner cette longue et pénible marche au désert. Pas facile je t’assure ! Les plaies sont encore très fraîches, les mémoires vraiment pleines des événements macabres, mais c’est le moment de soigner ces blessures, d’offrir à tous le chemin du pardon et de la réconciliation. C’est l’opportunité d’aimer son ennemi. Quelle dure épreuve d’aller à la rencontre de tous ceux qui attendent de voir et de toucher de la main les signes de la proximité de Dieu !  C’est dur, mais c’est très efficace pour qui osera s’y mettre.

Chers compatriotes de Beni-Lubero, vous êtes aujourd’hui au vu et au su de tous, le peuple le plus meurtri et massacré. Qu’avez-vous fait pour subir cela ? Ne continuez pas à vous poser cette question, demandez- vous plutôt que faire pour finir avec cette situation ? Essayez de vous sentir et de vous reconnaître plus frères et sœurs, d’être plus unis et de vous dire ‘’nous sommes un seul peuple, un seul homme appelé à lutter contre le mal’’. Même ceux d’entre vous qui vous trahissent, et jouent à l’hypocrisie, aimez-les en dénonçant et en évitant le mal qu’ils font. C’est ce sentiment, cette reconnaissance et cette conviction qui vous donnera la force de résister contre cet ennemi. Maintenant  que le gouvernement qui est sensé vous secourir parle d’une ‘barbarie ethnique’ juste pour vouloir continuer sournoisement son plan machiavélique, comprenez que vous devez vous-mêmes agir, mais guidés par l’Esprit de Dieu.

Personne n’ignore que vous vivez maintenant un moment où  facilement on peut douter de l’action amoureuse de Dieu. Mais, il est toujours à l’œuvre. Mettez-vous en tête que notre Dieu est un Dieu qui aime tout ce qui existe, qu’il n’a de répulsion pour aucune de ses créatures, qu’il ferme les yeux sur les péchés des hommes, ceux qui tuent et ceux qui sont tués ; et qu’il nous invite tous à la pénitence, et qu’il nous pardonne car il est le Seigneur Notre Dieu (cf. Sg. 11, 24-27). C’est Lui qui nous rendra capable de vivre un Carême spécial, d’amour plus concret et un jubilé de l’année de miséricorde plus efficace et fructueux. A tous et à chacun, nous souhaitons une heureuse et confiante marche vers le vrai salut !

Tout à vous pour le Règne, KIZITO VYAMBWERA Henri, a.a.

 

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